| Introduction
et considérations
C’est la première fois que je me suis lancé dans une
aventure aussi difficile. En effet je n’ai jamais pédalé
plus de 11 jours consécutifs. Cette fois j’en ai prévu
presque le double !
En outre, ma préparation a été mise en difficulté
par plusieurs contretemps à partir de début mars : sinusite,
bursite et bronchite. Pour ces raisons, j’ai dû reporter le
départ au 05/05/2009, alors qu’il était fixé
au 30/04/2009.
J’étais tout de même satisfait de pouvoir partir avec
4200 km dans les jambes et presque 200 heures de selle !
Non seulement je me sentais bien préparé physiquement, mais
ma "randonneuse
Cattin" a été formidable ! Pas de crevaison durant
tout le trajet et aucun problème mécanique malgré
un paquetage de 12 kg répartis dans 3 sacoches.
Par respect pour les pèlerins, j’ai voyagé sur le
« Camino Francés » à partir de Puente la Reina
(près de Pampelune) sur des routes goudronnées (à
part 10 km parcourus sur un sentier). En effet, j’avais à
cœur de ne pas déranger ces marcheurs pour lesquels j’ai
une grande admiration.
J’ai vu plusieurs groupes de cyclistes avec une voiture suiveuse,
mais cette façon de voyager ne correspond pas à mon style!
J’ai aussi remarqué que bien des taxis font des affaires
en voyageant sur les routes adjacentes au sentier des pèlerins….quand
on en peut plus… !!
Un merci au
syndic Corrado Bianda et au secrétaire Silvano Bay de la commune
de Losone pour leur disponibilité lors du timbrage de ma «
Credential de peregrino ». Je
n'oublie pas non plus Jocelyne pour son aide à la rédaction.
Losone-Leytron
180km 2645m 7:30-19:00
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Mardi 05 mai.
La montée du col du Simplon est plutôt laborieuse, en effet
le vent contraire est intense. Les murs de neige au sommet sont, pour
la saison, impressionnants et la température est proche de 0°.
Quelques jours auparavant le col était fermé suite au danger
d’avalanches.
À 15 :00 je suis à Brigue. Pour atteindre Leytron, je lutte
contre le vent pendant 70 km. C’est sur des routes secondaires,
en grande partie le long du Rhône, que j’atteins finalement
mon objectif. Là, un cycliste local, Pierre, me trouve une chambre.
Leytron-Frangy
160km 790m 8:45-16:30
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Mercredi 06 mai.
Après 2 km, je fais un arrêt important : Saillon, petit village
médiéval avec ses bains thermaux.
Je tenais à passer dans ce petit bourg parce que ma mère,
originaire de ce village, repose avec mon père dans le cimetière
communal.
Henri Thurre, enfant du pays, m’attend à l’entrée
du village. Après m’avoir fourni le maillot « Saillon
», nous passons à la phase photos !
Avant de repartir, toujours avec Henri, nous allons au bureau postal pour
timbrer la « Credential de peregrino » qui me permettra d’obtenir,
à St Jacques, la « Compostela », mais il manque encore
2000 km !!
Le parcours le long du lac Léman passe rapidement grâce à
la compagnie d’un cyclo Suisse qui se prépare pour un long
voyage jusqu’en Ethiopie !
Sur une petite route secondaire, évitant ainsi le trafic, je rejoins
le col du Mont de Sion. Puis presque tout en descente, j’arrive
à Frangy, dans le département de la Haute-Savoie.
Frangy-Sarras
160km 965m 7:00 15:40
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Jeudi 07 mai.
En parcourant à peine 20 km je réussis à «
toucher » 3 départements : Haute-Savoie, Ain et Savoie. La
première partie du parcours se déroule sur la rive gauche
du Rhône.
À Aoste je fais une pause. J’échange quelques paroles
avec une cyclotouriste qui est partie de Fribourg (Suisse) et qui se rend
elle aussi à St-Jacques, en VTT, en faisant des étapes de
50-70 km par jour.
Je laisse le Rhône pour entrer dans le département de l’Isère
puis de la Drôme et enfin de l’Ardêche sur un parcours
plutôt vallonné en passant par le col du Banquet.
Je retrouve le Rhône à St Vallier. Je remarque que son volume
a presque doublé ! Je le traverse et m’arrête définitivement
à Sarras.

Sarras-Le
Puy-en-Velay 120km 2100m 7:00 17:00
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Vendredi 08 mai.
Le ciel n’est
plus serein comme les jours précédents, mais la température
est idéale. Aujourd’hui m’attend une étape comprenant
9 cols avec une quasi inexistence de tronçons plats. Le paysage
est magnifique, il manque uniquement le soleil. J’entre dans le
département de la Haute-Loire. À Montfaucon-en-Velay, je
dois m’arrêter une heure pour laisser passer un orage. À
Yssingeaux, je peux enlever le poncho, la pluie a cessé.
La ville du Puy-en-Velay est gracieuse, avec au sommet d’un rocher
la chapelle de Saint-Michel d’Aiguilhe (X-XII siècle) et
sa cathédrale, elle aussi au sommet de la ville. Par sa dimension,
la statue Notre-Dame de France (1860) domine toute la ville. Elle a une
hauteur de 22,70 m et pèse 835 tonnes. Elle a été
créée avec le métal de 213 canons russes conquit
durant la guerre de Crimée. C’est Napoléon III qui
a offert les canons à la ville.
Je passe ma première nuit dans un refuge pour pèlerins.
L’ambiance cosmopolite est sympathique. Un Frioulan prépare
des pâtes, un Allemand le strudel, 2 Brésiliens lavent les
plats, une Suissesse (Valaisanne) enregistre les arrivées des pèlerins
et un Français distribue une petite feuille pour chanter ensemble
une chanson du pèlerin.
Je passe une nuit tranquille grâce aux tampons auriculaires !
Le
Puy-en-Velay-Espalion 145km 2400m 6:45 17:15
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Samedi 09 mai.
L’étape
la plus dure. Non par la dénivellation (plus importante l’avant
dernier jour), mais par le vent qui souffle durant toute la journée.
Cela sera l’unique jour où j’ai eu des doutes quant
à la possibilité d’atteindre la destination journalière
prévue !
Heureusement le paysage est splendide. Routes sans trafic, animaux qui
broutent en toute tranquillité, fermes dispersées dans la
nature, prés en fleurs, aucune ville mais seulement des villages
à traverser.
Je quitte le département de la Haute-Loire pour entrer en Lozère
après avoir franchi le Pas de l’Âne (1104 m).
À Nasbinals je pense finalement pouvoir atteindre le but prévu.
En effet, je suis à 35 km d’Espalion (340m), mais je me trouve
encore à 1100 m d’altitude. La descente devrait bien arriver
à un certain moment ! J’entre dans le département
de l’Aveyron, franchis le col d’Aubrac (1324 m) et enfin je
commence la descente jusqu’à Espalion. Ouf !
Le soir, en contrôlant mon courrier électronique, je découvre
les photos prises par Henri Thurre à Saillon !
Espalion-Montauban 160km 1760m 8:15 17:30
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Dimanche 10 mai.
À 9 km d’Espalion, je peux admirer le « Trou de Bozouls
». C’est un cirque naturel, en forme de fer à cheval,
d’un diamètre de 400 m et de 100 m de profondeur. Le tout
creusé par la rivière Dourdou.
Je m’arrête à Rodez pour visiter la cathédrale.
Avant Rignac, une route secondaire sans trafic, me conduit à Villefranche-de-Rouergue,
jolie petite ville sur l’Aveyron.
Je parcours une route qui ne cesse de monter et descendre et j’entre
dans le département du Tarn et de la Garonne. Je traverse Parisot,
Caylus, Caussade et décide de poursuivre ma route jusqu’à
Montauban. C’est dimanche, le centre ville est presque désert.

Montauban-Tarbes
165km 1370m 7:45 16:20
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Lundi 11 mai.
Je traverse le canal
du Midi à Montech. Ce canal relie la Méditerranée
à l’Océan Atlantique et a été construit
en 1681.
Après avoir traversé la Garonne, j’entre dans le département
du Gers. À Mauvezin, je prends une route secondaire pour rejoindre
Auch. Cette ville se trouve sur le chemin de St-Jacques-de-Compostelle
(chemin de Arles).
J’entre dans le département des Hautes-Pyrénées
et depuis Rabastens-de-Bigorre, je rejoins Tarbes en suivant une ligne
droite de 17 km.
C’est le septième jour de voyage, j’ai parcouru 1090
km (155 km par jour). Demain j’attaquerai les Pyrénées.
Tarbes-Osse-en-Aspe
110km 1500m 7:45 15:30
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Mardi 12 mai.
Après 20 km, j’atteins Lourdes. Je visite le sanctuaire et
je profite de faire timbrer ma carte. La visite fait réfléchir
: en voyant tant de souffrance, on ne peut qu'être touché
dans son for intérieur.
J’entre dans le département des Pyrénées-Atlantiques
et à Lestelle-Bétharram, je peux admirer le sanctuaire de
Notre-Dame de Bétharram.
Un tronçon avec plusieurs montées me conduit à Louvie-Juzon.
Je remonte la vallée d’Ossau jusqu’à Bielle
pour attaquer le col de Marie Blanque. Le début est plutôt
raide. Ce sera le seul moment de tout mon voyage où j’aurai
trop chaud !
À partir de Escot, je suis sur la route qui mène au col
de Somport. Je m’arrête à Osse-en-Aspe. Je n’ai
pas le courage d’attaquer le col de Houratate. D’une part,
je ne me suis pas suffisamment alimenté et d’autre part,
je ne sais pas où je pourrai dormir. En effet, la station de ski
de la Pierre St Martin est éloignée et probablement les
hôtels seront fermés vu que la saison hivernale est terminée.
Osse-en-Aspe-Tiebas
155km 2610m 7:45 19:00
accès diaporama 22 photos
Mercredi 13 mai.
Changement de temps, la route qui conduit au col de Houratate (1109 m)
disparaît dans le brouillard. Les pourcentages sont bien présents
! J’arrive au sommet mouillé par le brouillard. Pour le moment,
je n’ai rencontré que deux ânes, mais aucun être
humain, ni véhicules.
Je franchis le col de Bouesou (1009 m) et le col de Labays (1351 m). Je
rejoins ainsi la route principale qui conduit à la station de ski
de la Pierre St Martin.
À la hauteur du Pas de Guillers (1436 m), je sors enfin du brouillard.
Je franchis le col du Soudet (1540 m) pour m’arrêter à
la station de ski. Effectivement, tout est fermé sauf un bar où
je peux manger un sandwich.
À 12 :30 je suis au sommet du col (1760 m) de la Pierre St Martin
et, surprise, la route est complètement barrée avec des
blocs en ciment. Elle est fermée suite aux travaux effectués
sur le versant espagnol. Que faire ? Une jeep monte du côté
espagnol. Ce sont deux gardes en inspection, lesquels me confirment que
la route est fermée. Convaincus par mon insistance, ils me disent
que les ouvriers mangent de 13 :00 à 14 :00 et que je pourrai profiter
de cette pause pour passer. Ils m’aident à porter ma randonneuse
de l’autre côté des blocs de ciment et me photographient
devant le panneau du col.
Maintenant je suis en Espagne dans la province de Navarre.
Après avoir franchi le portillo de Eraice (1578 m), j’arrive
dans la zone des travaux. Effectivement, les ouvriers sont absents et
la route, non goudronnée sur 200 m, ne me cause aucun problème.
À Burgui je prends à droite, en direction du Puerto las
Corunas (950 m). À la Foz de Arbayún, je fais une halte.
La gorge, profonde d’environ 400 m, est impressionnante. On peut
entendre mille rumeurs provoquées par des oiseaux qui sont dans
leur élément. C’est une des importantes concentrations
d’oiseaux rapaces du continent européen. Il y a des aigles,
des éperviers, des faucons, des hiboux, etc.
Après avoir gravi encore les cols de Alto de Iso (670 m) et Puerto
Loiti (724 m), j’arrive enfin à Tiebas, mort de fatigue !
Pas étonnant, ce fut une journée avec 12 cols !
Le soir, je dors au “Refugio municipal”. Nous sommes seulement
deux, moi-même et un jeune de Barcelone qui parcourt le chemin de
Compostelle en VTT.
Nous allons manger ensemble dans un bar voisin puis je vais dormir. Le
jeune, par contre, reste pour regarder la finale "Copa del Rey"
Barcelone-Atletico Bilbao qui commence à 22 :00, trop tard pour
moi !!

Tiebas-Santo
Domingo de la Calzada 140km 1585m 7:15 17:30
27 photos
Jeudi 14 mai.
Départ sous une fine pluie ! Je mets mon poncho jusqu’à
Eunate où se trouve l’Ermita de Santa Maria di Eunate, édifice
construit par les « templiers » au XII° siècle.
L’église a la forme octogonale du temple de Jérusalem.
Je continue quelques kilomètres et m’arrête à
Puente la Reina pour manger. Pour sortir de la bourgade, je traverse le
magnifique pont de Dona Mayor sur la rivière Arga.
Maintenant je suis sur le « Camino Francés » et suis
impressionné par la quantité de pèlerins. Devant
moi il y en a un qui, équipé de bretelles, tire un petit
chariot tout en aluminium. Intrigué par ce matériel, je
m’arrête à sa hauteur et, avec mon maigre vocabulaire
espagnol, je lui pose quelques questions. Il me répond en portugais.
C’est un chauffeur de camion à la retraite qui peut enfin
réaliser son rêve, voyager ! Il est parti de Grenoble à
fin mars. En apprenant que je suis Suisse, il me montre, sous son chariot,
une plaquette « made in Switzerland ». Au fil de la discussion,
il me dit qu’il vit en France depuis 30 ans. C’est à
ce moment que nous découvrons que nous parlons les deux français
!! Quand je lui explique que je désire poursuivre mon voyage jusqu’au
Portugal, il m’apprend que je passerai près de son village
d’origine. Autre découverte, il a une fille mariée
en Valais !
Je traverse Estella en passant devant la “Iglesia Santo-Sepulcro”
et je m’arrête à Los Arcos pour boire un café
avec un pèlerin cycliste français qui est parti de Marseille.
Un autre arrêt à Logroño, capitale de la Rioja, où
je peux admirer la cathédrale et me ravitailler.
À Santo Domingo de la Calzada, je loge dans la maison du «
peregrino ». Quel luxe, même si l’on dort dans des chambres
de 40 personnes, on dirait un « parador » (Le terme espagnol
Parador désigne une catégorie d'hôtellerie de luxe
fondée par le roi Alphonse XIII pour promouvoir le tourisme en
Espagne dès 1928. Ces établissements trouvent leur place
dans des châteaux, des forteresses, des couvents, des monastères
et d'autres édifices historiques). La capacité est de 150
pèlerins, j’arrive en 139ème position, j’ai
eu de la chance !
Santo Domingo de la Calzada-Fromista 145km 1135m
7:15 16:30
31 photos
Vendredi 15 mai.
Il fait très froid. Je dois partir avec les gants et le maillot
à longues manches.
J’entre dans la région « Castilla y Léon »
et plus précisément dans la province de Burgos, pays du
« El Cid ». À Belorado, je vois des cigognes sur un
clocher. En vitesse je fais une photo pour ne pas perdre cet événement
! Je me rendrai compte, plus tard, qu’il sera plus difficile de
photographier un clocher sans cigognes !
Dans la montée du Puerto della Pedraja (1150 m), j’aperçois
de temps en temps, entre les genêts, des pèlerins sur leur
sentier.
J’arrive à Burgos en passant la “Puerta de Santa María”
qui conduit à la cathédrale. Et quelle cathédrale
! Probablement la plus belle et riche vue jusqu’à présent
!
La température est plus douce. Je traverse des champs de couleur
très verte surtout dans la région de Castrojeriz.
Maintenant je me trouve au pied d’une des nombreuses montagnes couvertes
d’éoliennes qui profitent du vent. J’en ressens d’ailleurs
aussi les effets, cela fait un moment que je lutte contre ! En plus, le
revêtement rugueux me donne l’impression de coller à
la route !
Un panneau : Santiago di Compostela 497 km ! J’entre dans la province
de Palencia.
À l’entrée de Fromista, je découvre le “Canal
de Castilla” long de 207 km. Sa réalisation a commencé
en 1763 et a duré presque un siècle !
Fromista-Léon 130km 575m 6:30 13:30
accès diaporama 23 photos
Samedi 16 mai.
Aujourd’hui je dois atteindre Léon le plus rapidement possible
pour éviter le fameux vent de la Castille. Toutefois, je ne pourrai
pas partir avant 6 :30 à cause de l’obscurité. Il
y a un décalage du lever du jour par rapport à la Suisse.
Hier soir, lorsque j’ai demandé à l’hôtelier
s’il était possible de me servir le petit-déjeuner
à 6 :00, j’ai compris que pareille requête était
très rare en Espagne ! Malgré l’heure matinale, il
y a déjà plusieurs pèlerins qui marchent sur le sentier
qui longe la route.
Je traverse Carrion de los Condes et à la sortie je peux admirer
la façade du monastère de San Zoilo. Ensuite, j’entre
dans la province de Léon et rejoins Sahagun en passant sous l’
« Arco de San Benito ».
Le vent est encore supportable, mais il augmente constamment. Heureusement,
à un moment donné, je change de direction et il devient
tout-à-coup mon allié !
La ville de Léon me plait. Les grands vitraux colorés de
la cathédrale sont de toute beauté. La lumière à
l’intérieur est très particulière. Par contre,
j’ai été plus impressionné par la cathédrale
de Burgos qui est plus imposante et plus riche.
La basilique de San Isidoro, construite en 1023, mérite aussi une
visite.
Après l’appel quotidien à la maison depuis une cabine
téléphonique, je retourne à l’hôtel,
un magnifique trois étoiles, pour enfin me reposer.
Dans trois jours je serai déjà à St-Jacques, comme
le temps passe vite !

Léon-Villafranca
del Bierzo 130km 1315m 7:30 16:30
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Dimanche 17 mai.
Je sors de la ville sans aucun problème et atteins Astorga. Cette
petite ville de 12'000 habitants possède un édifice conçu
par Antoni Gaudí dans un style néo-gothique. Il s’agit
du « Palacio Episcopal », transformé en « Museo
de los Caminos » qui conserve des manuscrits, documents, peintures
et statues se référant aux pèlerinages de St-Jacques-de-Compostelle.
L’instinct me pousse à entrer dans le village de Castrillo
de los Polvazares (80 habitants !) qui se trouve légèrement
en dehors de la route principale. Quelle beauté, vraiment une surprise
pour moi. Toutes les maisons, très basses, ainsi que le sol sont
de couleur brique. Dans pareil décor, heureusement que la circulation
des véhicules à moteur n’est permise qu’aux
habitants !
Je traverse El Ganso, Rabanal del Camino et Foncebadón où
je m’arrête pour manger.
Je suis dans les « Montes de Léon » sur le Puerto de
Foncebadón (1500 m) où se trouve la « Cruz de Hierro
» au pied de laquelle chaque pèlerin dépose un caillou
amené de son pays. Dans mon cas je l’appellerai « petit
caillou » provenant de Losone !
J’arrive à Ponteferrada où je pensais passer la nuit,
mais la ville ne me plaît pas particulièrement. Je poursuis
donc ma route jusqu’à Villafranca del Bierzo où je
trouve une place dans le refuge pour pèlerins.
Je fais le connaissance d’un Français qui parcourt le chemin
par profession, c’est-à-dire qu’il a crée une
association dans le but d’aider des personnes en difficultés
de vie en les accompagnant sur ce chemin. En ce moment il est avec un
jeune qui vient de sortir de prison.
Avant de servir le repas, le maître du refuge nous invite à
nous donner la main formant ainsi une chaîne. Il se place également
dans la chaîne et récite une petite prière. Malgré
mes convictions sur la religion, je m’adapte par respect du groupe.
Villafranca
del Bierzo-Portomarin 105km 1680m 7:30 15:40
27 photos
Lundi 18 mai.
Quel “fricasse”* ! Après 10 km, dans la montée
à Puerto de Pedrafita (1109 m), je m’arrête dans un
bar pour me réchauffer et mettre les couvre-chaussures. J’observe
une jeune "cyclotte" hollandaise qui monte sans être équipée
pour cette température, elle est transie de froid. Au sommet du
Puerto de Pedrafita, j’entre en Galice dans la province de Lugo.
La plupart de ces petits villages, comme Manjarín, Acebo et bien
d’autres, ont repris vie grâce au passage des pèlerins.
Le paysage qui conduit au Puerto El Povo (1337 m) est magnifique. Je me
trouve dans la “Cordillera Cantábrica”.
Je timbre la “Credential de peregrino” dans le monastère
de Samos. C’est impressionnant de voir une construction si imposante
pour un village aussi petit (2050 habitants !)
Je traverse Sarria et, sur environ 10 km, j’emprunte pour la première
fois le sentier des pèlerins en cherchant à les respecter
au maximum. Je passe devant un magnifique arbre séculaire. Je retrouve
la route goudronnée près de Belante.
Je découvre le village moderne de Portomarin sur le "Monte
Cristo", l'ancien village ayant été anglouti par les
eaux du barrage Belessar, construit en 1962 sur le fleuve Miño.
Seuls quelques importants édifices, dont l’église
de « San Nicola », ont été déplacés
pierre par pierre dans le nouveau village. Sur le côté droit
de l'église l'on peut encore voir des pierres comportant un numéro
gravé lors du « démontage » afin de permettre
une fidèle reconstruction
*Expression suisse pour dire qu’il fait très froid !

Portomarin-Santiago
de Compostela 100km 1400m 7:30 13:30
22 photos
Mardi 19 mai.
Ce n’est qu’une heure après mon départ que le
brouillard va se dissiper. Je dépasse beaucoup de pèlerins
à pied. J’évalue qu’ils doivent peut-être
encore marcher 3-4 jours pour atteindre St-Jacques.
Je traverse Palas de Rei pour entrer ensuite dans la province de La Coruña.
Je poursuis ma route en direction de Melide et Arzúa dans une succession
de montées et descentes. Je timbre ma « Credential »
à l’hôtel Suiza de Arzúa!
J’arrive près de l’aéroport de St-Jacques depuis
lequel je peux deviner, dans le lointain, la ville. L’approche est
ennuyeuse, il me semble ne jamais y arriver. Cela doit être pire
pour ceux qui vont à pied !
Finalement, j’atteins l’imposante place de la cathédrale.
Cela me fait un drôle d’effet, je suis dans un anonymat total
parmi de nombreux touristes.
Je prends plusieurs photos, puis j’entre dans la cathédrale
pour un bref et intense moment. Ensuite, je fais la colonne pour obtenir
la « Compostela ». Cela me permet de discuter avec d’autres
pèlerins. Ce sont des Canadiens et ils ont parcouru la via del
Norte.
Je trouve un hôtel en dehors du centre historique.
Je retourne à la cathédrale pour la visiter avec calme et
ensuite déambule dans le centre.
Je suis content que mon voyage ne se termine pas ici. Le contraste serait
trop fort d’affronter tout de suite le retour après tous
ces jours passés en contact avec la nature et les pèlerins.
Je mange dans un « tapas ». Ensuite je téléphone
chez moi et envoie quelques e-mail depuis un « Internet Point »
bondé.
Santiago
de Compostela-Capo Finisterre-Muros 155km 2190m 6:45 18:15
26 photos
Mercredi 20 mai.
A nouveau le brouillard, cette fois il est plus dense que les jours précédents.
Peut-être parce que je me trouve plus près de l’Océan
! Il se dissipe à Negreira.
À Cée, à 18 km du cap Finisterre, je m’arrête
près d’un camper avec plaques suisses TI (Ticino ou Tessin
en français). Je demande aux voyageurs d’où ils viennent
: Rancate, c’est un couple dont le mari est originaire de la Neuville
(pas très loin d’où j’ai vécu pendant
20 ans). Sa femme vient d’Isérables, près de Saillon,
pays d’origine de ma mère. Il est clair que la conversation
se poursuit en français !
De temps en temps, j’observe des bornes sur le bord de la route.
Elles ont une plaquette indiquant les km restant pour atteindre le cap
avec une précision au cm !
Le cap Finisterre (fin de la terre) représente le km zéro
pour les pèlerins !
Je prends les traditionnelles photos : le soulier en bronze, qui semble
vrai, quelques habits brûlés par divers pèlerins comme
le veut la tradition, la croix en pierre, mais surtout le magnifique paysage.
Pour jouir pleinement du paysage, j’emprunte une petite route goudronnée
avec une terrible pente, ainsi je peux admirer le village de Fisterra
à 3-4 km.
Je poursuis ma route en direction de Muros avec un arrêt à
Èzaro. Depuis son « mirador », on peut observer le
barrage sur le fleuve Xallas et l’entrée de ce dernier dans
l’Océan.
Muros-Puentecaldelas
120km 1490m 7:45 15:45
accès diaporama 11 photos
Jeudi 21 mai.
Je suis sur les routes de « Ria de Muros y Noia ». C’est
la marée basse et je peux observer de grandes plages de sable.
Je traverse le fleuve Tambre avant Noia.
Je franchis la Sierra de Barbanza pour ensuite descendre en direction
de Taragona.
Aujourd’hui c’est une mauvaise journée. Je n’arrive
pas à trouver la motivation malgré un paysage intéressant.
Peut-être est-ce dû au fait que j’ai déjà
atteint les deux objectifs principaux (St-Jacques et cap Finisterre) ?
Je pédale pour pédaler.
Cette fois je suis dans le « Ria de Arousa » et je traverse
le fleuve Ulla qui marque la frontière entre les provinces de La
Coruña et Pontevedra. Je me trouve à 30 km de St-Jacques
!
Je m’arrête à Carril pour manger. La traversée
de Vilagarcia est très pénible à cause du trafic
intense.
J’arrive à Pontevedra où je fais un autre arrêt
pour me renseigner sur les possibilités de dormir à Puentecaldelas.
Demain, j’espère que la journée sera meilleure !

Puentecaldelas-Lobios
130km 2870m 7:00 17:30
accès diaporama 26 photos
Vendredi 22 mai.
Encore un départ dans le brouillard, mais cette fois le plafond
est plus haut. Je traverse la Sierra del Suido avec un trafic pratiquement
inexistant.
À l’entrée de Maceira, heureusement en légère
descente, je dois m’éloigner rapidement de deux chiens plutôt
agressifs !
J’attaque le Puerto de Moncelos (800 m) au milieu de magnifiques
genêts. Le brouillard a disparu, mais le ciel reste couvert.
Une longue descente me conduit jusqu’au fleuve Miño qui fait
la frontière entre l’Espagne et le Portugal.
La crise morale du jour précédent a disparu et je pédale
à nouveau avec une grande motivation.
J’entre dans la « Serra Peneda » qui se trouve dans
le « Parque National da Peneda-Gerês » et, comme par
enchantement le ciel devient bleu. Malgré l’état de
la route et la forte pente qui me conduit à la « Portela
do Lagarto » (975 m), je réussis à apprécier
ce moment.
Il y a d’énormes blocs de rocher couleur noir-gris, en équilibre
précaire, qui ressemblent à des formes animales ou humaines.
Je m’arrête à Peneda pour visiter le sanctuaire avec
son magnifique escalier.
À Rouças, je peux admirer de nombreux murs en pierres qui
délimitent les terrains. A la sortie du village, une dure montée
que je n’avais pas prévue m’attend. Je pensais qu’il
ne me restait que de la descente jusqu’au fleuve Lima !
Après avoir traversé le barrage sur le fleuve Lima, j’entre
à Lindoso pour admirer les « espigueiros », disposés
sur une plateforme rocheuse au pied du château. Ces greniers, environ
60, forment un extraordinaire spectacle. Ils ressemblent à un cimetière
de petits édifices en ciment, posés sur des échasses
et coiffés dans la plupart des cas, de une ou deux croix. L’exécution,
très soignée, remonte au XVIII et XIX° siècles.
Ils sont encore utilisés pour la conservation et le séchage
du maïs.
Je décide de dormir en Espagne et je poursuis ma route jusqu’à
Lobios dans la province de Ourense « touchant » ainsi toutes
les provinces de la Galice.
Aujourd’hui, ce fut une magnifique étape malgré une
importante dénivellation !
Demain, dernière journée !
Lobios-
Guimarães 110km 1910m 8:15 17:30
accès diaporama 29 photos
Samedi 23 mai.
Départ pour la Portela do Homem (750 m) qui marque la frontière
entre l’Espagne et le Portugal. La Serra do Gerês fait toujours
partie du “Parque Nacional da Peneda-Gerês”. La seule
rencontre que je ferai durant la montée est un petit serpent. Par
prudence (mais surtout par peur) j’utilise le zoom pour le photographier
!
J’entre à nouveau au Portugal et poursuis ma route en direction
de la Portela del Leonte (855 m) au milieu d’une magnifique forêt.
Ce parc national est vraiment splendide !
En descente, j’arrive à Gerês avec ses bains thermaux,
puis toujours en descente je me retrouve au bord d’un lac artificiel
sur le fleuve Cávado.
Une longue montée, à la pente agréable, me permet
d’observer le lac.
À la bifurcation de la N103 je fais un aller-retour jusqu’à
Vieira do Minho, village d’origine d’une connaissance.
Avant Braga je monte au sanctuaire de Bom Jesus où une magnifique
vue sur Braga récompense mon effort. Un gigantesque et impressionnant
escalier baroque mène jusqu’à l’église.
Les jardins devant l’entrée sont très bien entretenus.
Je m’arrête à Braga, (174'000 habitants) pour visiter
le centre historique et timbrer à la cathédrale, pour la
dernière fois, la “Credencial de peregrino”.
Encore 25 km et j’arriverai au terme de mon périple : Guimarães
(160'000 habitants). J’avais décidé de finir mon voyage
dans cette ville qui est le lieu d’origine d’une connaissance
de Locarno. À noter aussi un fait historique, c’est dans
cette cité qu’a été proclamé le premier
Roi du Portugal : Alfonso Henriques, en 1139.
Retour
J’avais planifié le retour avec un bus qui relie la Galice
à la Suisse trois fois par semaine (le mardi, le jeudi et le samedi)
avec quatre arrêts : Genève, Lausanne, Bâle et Zürich.
Le sort en a décidé autrement !
En effet l’ami Federico, lequel est toujours disponible, décide
avec son épouse de faire le voyage jusqu’au Portugal. Nous
nous retrouvons donc à Guimarães et décidons de visiter
d’autres villes : Porto, Fatima et Lisbonne.
Le retour se fait en deux étapes avec une nuit à Pau.
Un grand merci à Fede et Mara pour m’avoir permis d’effectuer
un beau retour en bonne et sympathique compagnie.

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